Les excuses de Kylian Mbappé sur Mao Zedong sont un cas d’école de communication de crise ratée. Un communiqué trilingue, publié en quelques heures, qui ne nomme ni Mao ni le mot « dictateur », qui arrive après la perte de sponsors chinois, et qui tente de parler à Pékin et à Paris dans le même paragraphe. Résultat : une excuse qui n’en est pas une.
Mbappé et Mao Zedong : la polémique en trois temps
- La blague. Dans une interview au média The Bridge, on demande à Kylian Mbappé de réagir aux montages qui le griment en dictateurs. Il désigne son préféré : celui qui colle son visage sur celui d’un « dictateur chinois ». Le dictateur en question est Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine.
- L’incendie. La vidéo devient le sujet le plus discuté sur Weibo, avec 430 millions de vues. Le 27 octobre 2026 au matin, deux partenaires chinois, le fabricant de boissons énergétiques Dongpeng et le groupe laitier Mengniu, rompent leurs contrats au nom des « sentiments nationaux ». La télévision publique chinoise suspendrait la diffusion de ses matchs. La Liga présente ses excuses aux supporters chinois.
- Le communiqué. Avant 13 heures, Mbappé publie sur ses réseaux sociaux un texte en français, en anglais et en mandarin, transmis à l’AFP et frappé du logo de sa société Interconnected Ventures. Il y reconnaît un propos « maladroit », présente ses excuses à ceux que ses mots ont heurtés et dit son respect pour le peuple chinois et son histoire. Le mot « dictateur » n’y figure pas.
Communiqué de Mbappé : six erreurs de communication de crise
Il y a une chose réussie dans ce communiqué : son horaire. Publié en quelques heures, en trois langues, dans une polémique qui a grandi en un temps record. Tout le reste est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.
1. Une excuse qui ne dit pas de quoi elle s’excuse
Le texte parle d’« une image de moi me mettant en scène ». Nulle part le nom de Mao, nulle part le mot « dictateur ». Or c’est précisément ce mot qui a mis le feu.
Une excuse qui contourne l’objet du délit n’est pas une excuse, c’est une périphrase. Et une périphrase, tout le monde la remarque, surtout ceux à qui elle s’adresse.
2. La grammaire de la fuite
« Ce propos était maladroit. » Le sujet de la phrase, c’est le propos. Pas Kylian Mbappé. Le propos a été maladroit, le propos a blessé, les mots ont heurté. Dans ce texte, tout le monde est responsable sauf celui qui signe.
Et ce « je comprends aujourd’hui » est un aveu involontaire. Aujourd’hui, c’est-à-dire après la sanction.
3. Le manuel de la non-excuse, récité dans l’ordre
Des excuses adressées à « celles et ceux que mes mots ont heurtés », autrement dit : le problème est dans votre réception, pas dans mon acte. Puis l’absence d’intention, le plus vieux paratonnerre de la communication de crise.
Personne n’imaginait qu’il avait voulu insulter la Chine : on lui demandait de réagir à des montages le grimant en dictateurs, il a ri. Le reproche n’a jamais porté sur l’intention, il porte sur la légèreté. Le communiqué répond à une question que personne ne posait.
4. Le calendrier a parlé avant lui
Deux sponsors partis, une diffusion de ses matchs qui serait suspendue sur la télévision publique chinoise, les excuses de la Liga, et seulement ensuite, le texte. On ne lit pas un communiqué, on lit son heure de publication. S’excuser après la sanction, c’est s’excuser de la sanction.
Le public, en Chine comme en France, en tire la seule conclusion disponible : ce texte a été écrit pour les partenaires commerciaux, pas pour les personnes blessées. Le logo d’Interconnected Ventures en en-tête dit la même chose à sa manière.
5. Le grand écart entre Pékin et Paris
« Un profond respect pour le peuple chinois et son histoire » est la phrase qui perd sur les deux tableaux. Côté chinois, elle ne vaut rien tant que le mot « dictateur » n’est pas retiré, et il ne l’est pas. Côté français, elle sonne comme une courbette, puisqu’elle donne l’impression de s’excuser d’un jugement historique banal dans les manuels occidentaux.
Les titres de presse ont retenu des excuses présentées à la Chine : c’est exactement le titre qu’il fallait éviter. On ne peut pas s’excuser auprès de Pékin et plaire à Paris avec le même paragraphe. Il fallait choisir ; le texte a choisi de ne pas choisir. Une excuse qui veut plaire à tout le monde n’est pas une excuse, c’est un sondage.
6. On a fauté en vidéo, on s’excuse en communiqué
La faute a été commise en vidéo, à visage découvert, en riant, devant 430 millions de vues sur Weibo. La réparation arrive en texte, à en-tête d’entreprise, transmise à l’AFP. L’asymétrie se voit, et elle se lit comme de la distance.
Ce qu’il aurait fallu faire : la bonne excuse en quatre points
- Un visage et une voix, pas un logo. La faute était en vidéo ; la réparation devait l’être aussi.
- Nommer la faute. « J’ai ri d’un montage qui collait mon visage sur celui de Mao, et j’ai employé un mot en riant. » Une excuse commence par dire de quoi elle s’excuse.
- S’excuser du ton, pas de son opinion. C’est la seule ligne tenable des deux côtés, et la seule qui soit honnête. On peut regretter la légèreté sans réécrire l’histoire.
- Annoncer un geste, n’importe lequel, plutôt qu’un adjectif. Et accepter qu’une partie du public chinois ne sera pas satisfaite : une excuse n’est pas une négociation.
Ce qu’on peut objecter
On m’objectera que le texte est rapide, trilingue, sans escalade, et qu’aucune formulation n’aurait réconcilié Weibo et l’opinion française. C’est vrai. Mais c’est précisément parce que la situation était impossible qu’il fallait autre chose qu’un paragraphe-type.
Le communiqué d’excuses au marché chinois est devenu un genre littéraire : Dolce & Gabbana, Versace ou Coach ont signé le même. Mbappé en a livré la version football. Rapide, propre, interchangeable, et donc inefficace.
FAQ : les excuses de Mbappé sur Mao Zedong
Qu’a dit Kylian Mbappé sur Mao Zedong ?
Interrogé par le média The Bridge sur les montages qui le griment en dictateurs, il a désigné son préféré : son visage collé sur celui d’un « dictateur chinois ». Il n’a pas prononcé le nom de Mao Zedong, mais le mème le représentait sans ambiguïté.
Pourquoi Mbappé a-t-il présenté ses excuses ?
La vidéo a cumulé 430 millions de vues sur Weibo. Le 27 octobre 2026, les groupes chinois Dongpeng et Mengniu ont rompu leurs contrats, la Liga a présenté ses excuses aux supporters chinois et la diffusion de ses matchs serait suspendue sur la télévision publique chinoise. Le communiqué est arrivé après ces sanctions.
Que dit le communiqué d’excuses de Mbappé ?
Publié en français, en anglais et en mandarin, il reconnaît un propos « maladroit », présente des excuses à ceux que ses mots ont heurtés, affirme que ce n’était pas son intention et exprime un profond respect pour le peuple chinois et son histoire. Il ne cite ni Mao Zedong ni le mot « dictateur ».
Qu’est-ce qu’une non-excuse en communication de crise ?
Une non-excuse est un texte qui a la forme de l’excuse sans en avoir le fond : elle s’adresse « à ceux qui ont été heurtés » (la faute est dans la réception), invoque l’absence d’intention (la faute est un accident) et ne nomme jamais l’acte reproché. Le communiqué de Mbappé coche les trois cases.
Les excuses de Mbappé suffiront-elles ?
Rien ne permet de le dire aujourd’hui. Deux indicateurs trancheront : le retour, ou non, des sponsors chinois, et la reprise de la diffusion de ses matchs en Chine. Côté français, la question est différente : le joueur devra expliquer un jour s’il s’est excusé d’un ton ou d’une opinion.
Conclusion : vite, propre, et à côté
Les excuses de Kylian Mbappé sur Mao Zedong ne sont pas un accident de plume, elles sont un produit standard. Un texte calibré pour rassurer des partenaires, qui ne nomme pas la faute, ne désigne pas de responsable et ne choisit pas son public. En communication de crise, la vitesse ne remplace ni le courage ni la précision. Il fallait un visage, une phrase vraie et un choix. Il y a eu un logo, un paragraphe-type et un grand écart.