La présidentielle 2027 se jouera aussi dans les écouteurs : les podcasts s’imposent comme un terrain de campagne à part entière. Interrogé par Le Figaro sur ce phénomène, j’ai qualifié 2027 d’« élection de l’oreillette ». Cet article prolonge cet échange et détaille ce que le podcast change pour les candidats, pour les médias et pour la communication politique.
Le déclencheur est daté : Le Figaro lance le 2 octobre 2026 son podcast vidéo « Empreintes 2027 », où des responsables politiques viennent se raconter en format long. Le journal rejoint un mouvement déjà bien engagé, des studios américains jusqu’aux micros parisiens.
Pourquoi les podcasts s’invitent dans la campagne présidentielle 2027
Les podcasts entrent en campagne parce qu’ils réunissent trois atouts que la télévision et la radio n’offrent plus ensemble : une audience massive, du temps et une écoute attentive. À quelques mois du scrutin, les états-majors politiques y voient un moyen de se raconter autrement, hors du cadre serré de l’interview classique.
L’audience d’abord. En août 2026, Médiamétrie a compté 118 millions d’écoutes ou téléchargements de podcasts français en France, et plus de 144 millions dans le monde. Ce chiffre ne couvre que les éditeurs abonnés à sa mesure, essentiellement les groupes radio : les podcasts indépendants et les formats vidéo sur YouTube s’y ajoutent.
Le temps ensuite. Un épisode dure souvent une heure, parfois deux, là où une matinale radio accorde quelques minutes et un plateau télé quelques répliques. Pour un candidat, c’est la possibilité rare de dérouler un raisonnement jusqu’au bout.
L’attention enfin. Le podcast s’écoute dans les transports, en courant, en cuisinant, avec des écouteurs dans les oreilles. Cette écoute mobile et solitaire crée une proximité qu’aucun autre média de campagne ne reproduit : la voix du candidat arrive directement dans l’oreille de l’électeur.
C’est exactement ce que résume l’expression « élection de l’oreillette » : en 2027, une part décisive de la relation entre les candidats et les Français passera par ce canal intime, écouté partout et à toute heure.
Le précédent américain : quand le podcast vidéo pèse sur une élection
Le modèle vient des États-Unis : la présidentielle de 2024 a fait du podcast vidéo un média de campagne à part entière. Comme le rappelle Le Figaro, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est appuyé en partie sur l’essor de ces formats.
La recette américaine tient en trois choix. Des entretiens de plusieurs heures, chez des animateurs qui ne sont pas des journalistes politiques. Un ton de conversation, où le candidat parle de sa vie autant que de son programme. Et une diffusion sur YouTube et les plateformes audio, là où se trouvent les électeurs qui ne regardent plus les chaînes d’information.
La transposition en France demande de la prudence. Mathieu Gallet et Jean-Jacques Bourdin, qui animent ensemble un podcast vidéo politique, soulignent que les podcasts américains sont plus engagés et les campagnes plus spectaculaires que chez nous. La culture française de l’entretien reste journalistique, et le public attend encore des questions, pas seulement une conversation.
La leçon à retenir n’est donc pas le copier-coller, mais le principe : aller chercher l’électeur là où il écoute, avec le temps nécessaire pour le convaincre.
En France, la ruée des politiques vers le micro
Les responsables politiques français se bousculent déjà dans les podcasts, et les médias traditionnels rattrapent le mouvement. Le lancement d’« Empreintes 2027 » par Le Figaro, le 2 octobre 2026, en est le signe le plus récent.
| Podcast | Qui reçoit | Ce qu’en dit Le Figaro |
|---|---|---|
| Empreintes 2027 | La rédaction du Figaro | Podcast vidéo lancé le 2 octobre 2026, où les responsables politiques viennent se raconter en format long |
| Le podcast vidéo de Jean-Jacques Bourdin et Mathieu Gallet | Jean-Jacques Bourdin, ex-intervieweur vedette de BFMTV et RMC, associé à l’ancien patron de Radio France | Lancé fin janvier ; déjà François Hollande et Bruno Retailleau, Dominique de Villepin à venir |
| Legend | Guillaume Pley | Reçoit des responsables politiques dans un format grand public |
| Le podcast d’Agathe Lambret | Agathe Lambret | Reçoit également des responsables politiques |
Pour les médias, l’intérêt n’est pas seulement éditorial. Un podcast politique attire un public plus jeune que le journal papier, sécurise des entretiens exclusifs avant le scrutin et produit des extraits vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux. À quelques mois de l’élection, chaque rédaction veut son format long.
Pour les candidats, un point mérite attention : les règles d’équité du temps de parole pilotées par l’Arcom visent les chaînes de télévision et de radio. Un podcast natif diffusé sur YouTube ou une plateforme audio y échappe largement. Le format offre donc une liberté de ton et de durée que le cadre audiovisuel classique ne permet pas.
Ce que le format long change pour la communication politique
Le podcast ne change pas seulement le canal : il change la nature de la parole politique. Trois ruptures expliquent pourquoi les candidats y viennent, et pourquoi leurs conseillers en communication doivent revoir leurs méthodes.
Le temps : une heure au lieu de quelques minutes
Le format long rend possible ce que la matinale interdit : un raisonnement complet, avec ses nuances et ses étapes. Le candidat n’a plus à comprimer sa pensée en une formule de quinze secondes. Il peut expliquer un choix, reconnaître une difficulté, revenir sur un parcours.
L’intimité de l’oreillette : une conversation à un seul auditeur
Un plateau télé s’adresse à une foule ; un podcast parle à une personne. L’auditeur est seul, écouteurs vissés, dans le métro ou en footing, et la voix du candidat lui arrive sans intermédiaire. Cette proximité fabrique de la confiance, à condition que le ton soit juste : le registre du meeting sonne faux dans une oreillette.
La fin de l’interruption : le candidat redevient auteur de son récit
L’interview politique classique repose sur la relance, la contradiction et l’interruption. Le podcast inverse le rapport de force : l’animateur laisse parler, et le candidat construit lui-même son récit. C’est une chance pour ceux qui ont quelque chose à raconter, et un piège pour ceux qui n’ont que des éléments de langage.
Le podcast n’est pas une zone de confort : les risques pour les candidats
Le temps long expose autant qu’il protège. Un candidat qui aborde le podcast comme une interview détendue s’expose à quatre risques que nous voyons se répéter en cabinet de conseil.
- Le relâchement. Une heure de conversation use la vigilance. La phrase de trop arrive rarement dans les dix premières minutes ; elle arrive à la quarante-cinquième, quand l’invité se croit entre amis.
- L’extrait viral non choisi. Chaque épisode est découpé en dizaines de clips pour TikTok, Instagram et X. Le candidat ne contrôle ni le montage ni le contexte : trente secondes sorties d’une heure peuvent devenir le seul souvenir de l’entretien.
- La fausse authenticité. L’oreillette détecte le récité. Un élément de langage plaqué sur une question personnelle sonne creux, et l’auditeur décroche ou, pire, se moque.
- Le silence qui parle. Sans interruption, les hésitations, les blancs et les esquives s’entendent. Ce que le montage télé gommait, le format long le révèle.
Le micro révèle ce que le plateau permettait de masquer. C’est précisément pour cela que le podcast récompense les candidats sincères et sanctionne les autres.
Comment préparer un responsable politique à un podcast : la méthode LaFrenchCom
Un podcast se prépare comme un débat, mais ne se joue pas comme un débat. Chez LaFrenchCom, nous appliquons une méthode en six étapes, adaptée au temps long et à l’écoute intime.
- Choisir le bon podcast. Chaque émission a son public, son ton et son animateur. Un candidat ne va pas chez Guillaume Pley comme il va chez Jean-Jacques Bourdin : on sélectionne le format selon l’électorat visé et le message à faire passer.
- Écouter avant de parler. Trois épisodes récents, au minimum, pour comprendre le rythme, les questions récurrentes et la façon dont l’animateur relance.
- Construire un récit, pas une liste de messages. Le format long exige une trame : un parcours, des moments de bascule, des convictions incarnées par des exemples concrets. Les éléments de langage servent de filet, jamais de colonne vertébrale.
- Repérer les zones de risque. On identifie à l’avance les sujets où le candidat hésite, se crispe ou improvise, et l’on travaille des réponses sincères, courtes et assumées.
- S’entraîner en conditions réelles. Une heure de simulation, micro ouvert, avec un intervieweur qui laisse parler. L’objectif n’est pas de réciter, mais de tenir la sincérité sur la durée.
- Préparer l’après. Les extraits vont circuler : on identifie à l’avance les passages forts à relayer et l’on organise leur diffusion sur les réseaux du candidat avant que d’autres ne choisissent à sa place.
Cette préparation ne vise pas à lisser le candidat. Elle vise à lui permettre d’être lui-même pendant une heure sans se mettre en danger, ce qui est bien plus difficile qu’il n’y paraît.
2027, l’élection de l’oreillette : ce qu’il faut retenir
La présidentielle 2027 ne se gagnera pas dans les podcasts, mais elle pourra s’y perdre. Le format long est devenu un passage obligé de la campagne, et il récompense une qualité que la télévision mesurait mal : la capacité à tenir une conversation sincère pendant une heure.
Pour les candidats, l’enjeu est de traiter le podcast avec autant de sérieux qu’un débat télévisé, tout en y renonçant aux réflexes du plateau. Pour les médias, l’enjeu est de conserver une exigence journalistique dans un format qui invite à la complaisance. Pour les électeurs, c’est une chance : celle d’entendre les candidats penser, et pas seulement répondre.
L’oreillette ne ment pas. C’est ce qui rend cette élection passionnante à accompagner, et si exigeante à préparer.
FAQ : podcasts et campagne présidentielle 2027
Qu’est-ce que « l’élection de l’oreillette » ?
C’est l’expression que j’ai utilisée dans Le Figaro pour décrire la présidentielle 2027 : une élection où les candidats s’adressent aux électeurs par les podcasts, écoutés partout, à toute heure, directement dans les écouteurs. Le lien entre le candidat et l’électeur devient individuel, long et intime.
Pourquoi les candidats à la présidentielle vont-ils dans les podcasts ?
Parce que le format long leur donne du temps pour se raconter, une audience massive et un public qui ne regarde plus les chaînes d’information. Le podcast permet aussi de contourner le rythme court et l’interruption permanente de l’interview classique.
Quels podcasts politiques comptent en France pour 2027 ?
« Empreintes 2027 », le podcast vidéo du Figaro lancé le 2 octobre 2026, le podcast vidéo de Jean-Jacques Bourdin et Mathieu Gallet, Legend de Guillaume Pley et le podcast d’Agathe Lambret reçoivent tous des responsables politiques.
Les podcasts sont-ils soumis aux règles du temps de parole ?
Les règles d’équité puis d’égalité du temps de parole encadrées par l’Arcom s’appliquent aux chaînes de télévision et de radio. Un podcast natif diffusé sur YouTube ou une plateforme audio y échappe largement, ce qui explique une partie de son attrait pour les candidats.
Quels sont les risques d’un podcast pour un candidat ?
Le relâchement après quarante minutes, les extraits viraux découpés sans son accord, la fausse authenticité des éléments de langage et les silences que le format long rend audibles.
Comment se préparer à un podcast politique ?
En choisissant le bon format, en écoutant les épisodes précédents, en construisant un récit plutôt qu’une liste de messages, en repérant ses zones de risque, en s’entraînant une heure en conditions réelles et en préparant la diffusion des extraits.
Le podcast peut-il faire gagner une élection ?
Aux États-Unis, les podcasts vidéo ont contribué au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2024. En France, ils ne décideront pas seuls du résultat, mais ils peuvent installer ou abîmer durablement l’image d’un candidat.